Ma première panne d’essence… ou une leçon de vie sur l’épuisement pastoral

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Ma première panne d’essence. Dernièrement, je me rendais à Québec pour enseigner un cours sur les quatre évangiles. Vivant à Montréal, je suis parti très tôt afin de pouvoir arriver pour le début du cours. C’était une grosse semaine (mais quelle semaine ne l’est pas ?). Il était parfois difficile de garder les yeux ouverts sur la route. J’ai donc fait ce qu’il fallait : je me suis arrêté à quelques reprises pour me reposer sur le côté. C’était la bonne chose, mais la marge de manœuvre que je m’étais donnée pour arriver à l’heure diminuait significativement.

C’est alors que la lumière alluma sur mon tableau de bord : il me manquerait bientôt d’essence. Pour l’avoir testé à quelques reprises, je sais que je peux faire environ 50km à partir du moment où la lumière s’allume. Mon GPS m’indiquait que j’avais 50km à faire avant d’arriver à ma destination. J’arriverais deux minutes avant que le cours commence. J’ai décidé de foncer. Je n’avais pas le temps de m’arrêter pour mettre de l’essence. J’étais à deux doigts de me rendre quand ma voiture a tout simplement cessé d’avancer… ma Yaris, si économique en essence… Je me suis arrêté à un kilomètre et demi de ma destination. Par la grâce de Dieu, un bon samaritain s’est tout de suite arrêté pour m’offrir de me conduire à la prochaine station d’essence et de m’y ramener. Je suis arrivé avec moins de retard que si j’avais dû marcher jusqu’à la station-service mais je suis tout de même arriver avec plus de retard que si je m’étais arrêté plus tôt.

Mon aventure sur l’autoroute m’enseigne plusieurs principes importants sur le ministère pastoral.

Même les « pasteurs économiques » s’arrêtent quand ils n’ont plus d’essence

Les pannes d’essence, cela n’arrive qu’aux autres. Pas à moi. Ils ont besoin d’essence, les autres ? Nous vivons dans une société qui porte l’épuisement professionnel comme un badge d’honneur. Les gens sont fiers de dire depuis combien de jours ils ne dorment pas ou combien de jours en ligne ils sont demeurés au bureau pour accomplir telle ou telle tâche. C’est l’image qui nous est donnée dans toutes les émissions de télévision telles que NCIS où leurs « familles » sont les gens au travail. Un pasteur épuisé ou avec une famille brisée n’est utile pour personne. On entend souvent que le pasteur « devrait travailler aussi fort ou plus fort que les gens de son église ». Vraiment ? Le pasteur est justement appelé par Dieu à être un modèle dans l’équilibre travail-famille-église pour les gens que le Seigneur lui a confié.

La folie de penser que je n’ai pas le temps de mettre de l’essence

Si je suis honnête, je dois admettre que je vis ce défi chaque matin : quand j’arrive pour prendre un temps de lecture et de prière, j’ai un fort sentiment que je devrais plutôt commencer mes tâches sans tarder sans quoi je n’arriverai pas à tout faire. Dernièrement, je pensais avoir trouvé la solution à ce problème : me lever encore plus tôt ! Ce qui m’a surpris c’est que de se lever à 4:00am ne réglait pas plus le problème : je vivais encore autant avec ce sentiment d’urgence et d’échec. Le problème réside plutôt dans le nombre de choses que je pense pouvoir faire en une journée, semaine ou mois. Cependant, quoi qu’il en soit, je ne peux pas avancer sans essence. J’ai besoin de temps avec Dieu pour renouveler mes forces, mon esprit, mes motivations et mon corps a besoin de repos fréquent pour être le plus efficace possible et pour durer le plus longtemps possible ! Un pasteur mort ne sert plus à rien.

« Juste un autre kilomètre… »

Il y a une limite au nombre de fois que je peux dire « encore un autre kilomètre ». Suis-je conscient de mes propres limites ? Un exercice qui m’a beaucoup aidé a été d’imprimer les blocs des heures de tout ce que je devais faire dans une semaine, de les découper et de tenter de les insérer dans un réel horaire d’une semaine. J’en suis rapidement venu à une constatation : j’essaie tout simplement de mettre trop de choses dans une semaine. Il faut faire des choix et vivre avec ceux-ci. Nous vivons avec le syndrome du Superman qui mène « un combat sans fin ». Même Superman doit s’arrêter. Quand Superman s’arrête, il accepte de ne plus aller sauver les gens pour une période de temps. Dans la réalité, Superman pourrait être en train de sauver des gens toutes les minutes de sa vie. Même Superman a des limites… et tu n’es pas Superman.

Ignorer les indicateurs sur le tableau de bord ne change en rien la réalité

Nous n’avons peut-être pas de lumières qui s’allument lorsqu’on en vient à être épuisé, mais le Seigneur nous a tout de même donné des émotions qui jouent ce rôle : irritabilité, colère, découragement, dépassement. Les lumières sur notre tableau de bord demandent généralement une attention immédiate ou rapide. Non seulement on peut tomber en panne sans essence, mais rouler avec un réservoir presque vide peut endommager la voiture. De même, rouler sans essence spirituelle peut aussi nous endommager.

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