Pasteurs à 120/Mbps (2ème partie) : 4 pièges numériques

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Dans cette deuxième partie sur les défis de la vie pastorale dans le monde numérique, nous nous attarderons à quatre pièges un peu différents mais bien réels pour tous les pasteurs – et leurs églises – de notre époque.

1) Un visage à deux faces(book)

1917- Les nouvelles entre pasteurs venaient très rarement. Une lettre une fois de temps en temps ou une rare rencontre régionale. Je suis persuadé qu’ils trouvaient tout de même des moyens de se comparer les uns aux autres.

2017 – À tous les jours, nous voyons les autres pasteurs et les autres églises inscrire leurs nouvelles sur Facebook. Nous faisons pour l’église ce que nous faisons dans notre vie personnelle: nous montrons notre église sous son meilleur jour. Le profil de notre église sur Facebook est une version « photoshoppée » (une autre façon un peu plus rapide que la sanctification et la persécution de rendre l’Épouse du Christ sans tache) : pas de ride, pas de défaut, rien que nos succès.  Après tout, la page Facebook est pour attirer des gens intéressés à la foi (ou, oserions-nous l’écrire, des membres d’ailleurs qui aimeraient se joindre à toutes les choses excitantes qui se passent chez-nous) ou encore pour que nos supporters financiers de l’Ouest aient l’impression d’investir sur le bon « cheval ». Certainement, Facebook encourage l’adultère spirituel pour les pasteurs : l’église de l’autre a certainement un plus beau gazon que le nôtre.

Le dicton le disait : qui se compare se console, mais dans le ministère, le contraire est aussi vrai : qui se compare se désole. Si je suis honnête avec moi-même, il faut que j’évite Facebook les dimanches soirs ou les autres moments où je suis fatigué. Je tente de rappeler à mon âme de se réjouir de ce qui se passe dans les autres églises, mais souvent la comparaison apporte plus de démotivation que d’autres choses. La tendance de l’être humain est d’oublier rapidement les bénédictions de Dieu pour se fixer sur celle des autres. L’apôtre Paul nous exhorte : « Mais que chacun examine son œuvre à lui ; alors, s’il y trouve un motif de fierté, ce sera par rapport à lui-même et non par comparaison à un autre ». (Galates 6.4 – TOB). Examinons nos propres motifs qui nous poussent à publier quelque chose sur Facebook. Est-ce informatif ? Est-ce utile ? Est-ce que ça avance vraiment l’Évangile ? Si le motif est pour que les autres soient impressionnés, je vous suggère que notre pratique soit alors celle de la retenue. Facebook peut facilement devenir pour nous la recherche d’une validation que notre ministère vaut quelque chose.

2) Un buffet de « parole de Dieu »

L’internet peut être, à la fois, une grande bénédiction et une source de malheurs. D’un côté, les gens ont accès à des dizaines de milliers de prédications de prédicateurs de la trempe des MacArthur, Piper, Driscoll, Chan, Platt, Chandler, etc. De l’autre, ils ont aussi accès à toutes les variétés de l’Évangile de prospérité, du nouvel-âgisme chrétien et à des doctrines étrangères de toutes sortes. Comme n’importe qui peut publier absolument n’importe quoi, en « googlant » leurs questions théologiques, nos paroissiens tomberont sur un bon nombre de sites sans même savoir si ces enseignants sont fidèles à l’enseignement biblique. Comme ils viennent rarement nous dire ce qu’ils écoutent ou lisent, les gens de nos églises peuvent laisser entrer de fausses doctrines et pratiques dans leur vie, dans leur famille et dans l’église.

Nous aimerions tous penser que nous sommes des prédicateurs décents qui savent capter l’attention de notre auditoire. Dans la réalité, nous ne sommes plus comparés à l’autre pasteur de la ville, mais aux meilleurs communicateurs vivants d’aujourd’hui. Cela peut mener les paroissiens à ne plus écouteur leurs pasteurs locaux, oubliant que ce n’est pas le contenant qui est le plus important mais le contenu qui est la Parole de Dieu, si elle est bien prêchée.

Nous avons une responsabilité en tant que leaders de guider nos paroissiens dans les méandres du web. Il peut être utile de faire une liste de recommandation de prédicateurs et de sites qui concordent avec votre confession de foi et de la rendre disponible aux membres. Aussi, nous pouvons mettre en garde contre certains prédicateurs ou contre certaines doctrines. Il peut valoir la peine d’enseigner sur certaines questions pour corriger des fausses doctrines qui seraient entrées dans l’Église.

3) Toute vérité est-elle bonne à laisser sur notre site web ?

Beaucoup d’églises se font une fierté d’avoir toutes leurs prédications en ligne. Si d’un côté, cela fait bien mon affaire comme j’aime écouter les prédications de mes collègues sur la route, de l’autre cela veut dire que n’importe qui a accès en tout temps à nos prédications. Dans un monde qui dépeint souvent les évangéliques dans une lumière défavorable, il nous faut considérer qu’un journaliste puisse facilement prendre n’importe quelle de nos prédications et nous citer hors contexte. Il n’en faut pas bien plus pour que nous fassions la une des nouvelles de ce jour-là. Comprenez-moi, toute Écriture est inspirée de Dieu et je crois que nous pouvons prêcher sur tous les passages de la Bible, mais devrais-je laisser un passage sur 1 Timothée 2.11-15 sur le web pour qu’il puisse être complètement tordu ou tout simplement mal compris par des gens de l’extérieur ? Je ne vous propose pas d’enlever tous vos messages de la toile. Si le but est de donner un avant-goût à des visiteurs potentiels, vous pouvez choisir de laisser quelques messages en ligne qui enseignent clairement l’Évangile et son application dans la vie des gens d’aujourd’hui. Si vous voulez que vos membres aient accès à vos prédications, vous pouvez ouvrir une section « membre » qui limite l’accès à certains contenus.

4) Attention aux chronophages

D.A Carson nous disait, en classe, de faire attention de ne pas être des pasteurs paresseux. Il nous racontait qu’il n’est pas rare qu’un pasteur touche 4-5 fois à la même lettre de la poste avant de la traiter. Du fait que nous sommes « notre propre boss » au bureau, la tentation est présente de perdre notre temps avec le courriel, les réseaux sociaux et choses du genre. Dans les années 1990 l’équivalent serait de prendre un magazine à chaque fois que nous regardons notre statut Facebook. Nous disons souvent que nous manquons de temps pour faire les choses vraiment importantes (tel que lire, prier, préparer notre prédication) mais il se peut que nous ayons tout simplement un gros trou au fond de notre baignoire.

Le silence est une discipline spirituelle qui est moins pratiquée dans les milieux évangéliques. On la met souvent de côté en l’identifiant avec la pratique monastique. Il y a certainement de grands bénéfices à pratiquer le silence. Le jeûne médiatique est aussi une bonne pratique à essayer. Il nous libère de l’emprise (ou le révèle) que les médias électroniques ont dans notre vie.

 


Jean-Sébastien Morin est pasteur de l’Église Baptiste Oasis et professeur de recherche et rédaction en Nouveau Testament à SEMBEQ (Séminaire Baptiste Évangélique du Québec). Il est l’auteur de trois livres dont le livre Mariés et heureux ? gagnant du Prix des Mots 2016. Il est aussi le fondateur du ministère Couple de Rêve qui vise à aider les couples avec la puissance transformatrice de l’Évangile. Vous pouvez lui écrire à : [email protected]

 

 

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