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Cinq questions à poser concernant les pratiques financières d’une église

Nous proposons, dans ce deuxième billet de notre série sur l’abus spirituel, cinq questions à se poser quant aux pratiques financières d’une église.

L’argent et l’église : ce qui est normal

Avant d’entrer dans le cœur du sujet, on doit affirmer qu’il est normal que l’église ait des besoins financiers, qu’elle soit soutenue par ses membres et qu’elle administre de l’argent. Il faut s’y attendre puisqu’il y a des frais nécessaires à l’opération d’une église typique : hypothèque du bâtiment, entretien, salaire du ou des pasteurs, etc. La Bible est claire à ce sujet et le Nouveau Testament regorge d’exemples et d’injonctions à soutenir l’église financièrement.

Contrairement à d’autres juridictions où l’état contribue financièrement aux besoins des églises, au Québec, les églises évangéliques sont entièrement soutenues par leurs membres. Le principe de séparation de l’église et de l’état s’articule ainsi : l’état ne prélève pas de taxes aux organismes religieux qui sont considérés comme des organismes sans but lucratif. De l’autre côté, l’église offre des services religieux publics et gratuits.

En plus de ces services religieux, l’église devrait avoir cette attitude de service envers la communauté dans laquelle elle est installée. Par exemple, l’église où j’ai le plaisir de servir accueille une banque alimentaire et assiste des personnes en difficultés (réfugiés, personnes atteintes de troubles mentaux, etc.). D’autres églises travaillent au niveau de la réintégration sociale d’anciens détenus ou soutiennent des groupes d’entraide comme Alcooliques Anonymes et ce, sans égard pour l’appartenance religieuse des participants.

Il devrait donc en principe y avoir un échange heureux entre l’église et l’état où l’église est libérée de charges fiscales et offre à ses frais (c’est-à-dire ceux de ses membres) des services à la population, services que l’État ne peut, ni ne veut administrer.

Attention aux charlatans

Malheureusement, certains « entrepreneurs religieux » vont profiter des dispositions de l’état envers l’église pour s’enrichir personnellement. Ils exigeront des frais pour des services et mettront de la pression sur les participants pour donner des sommes importantes, souvent en promettant des bénédictions de Dieu en échange de cette marque de foi. En même temps, ses dirigeants s’offriront un style de vie extravagant, preuve de la bénédiction de Dieu sur leur vie, qu’ils utiliseront pour convaincre leurs fidèles de donner plus afin de recevoir cette même bénédiction. Ce n’est rien de moins qu’un stratagème de « vente pyramidale » caché derrière un couvert religieux. Comment ne pas se faire avoir?

Les questions à poser :

À la lumière de ces choses, quelques questions simples pourraient vous aider à identifier si vous avez affaire à une véritable église ou à des charlatans.  Lorsque vous, ou un de vos proches désire se joindre à une église, je vous invite à poser les questions suivantes :

1.    Est-ce que l’église fait partie d’une association?

Généralement, une église évangélique fera partie d’une association d’églises. Bien que chaque église soit légalement indépendante des autres, les églises d’une association ont intérêt à veiller à la bonne gestion de leurs églises membres. Puisque l’action de l’une peut entacher la réputation des autres, ces associations ont généralement des mécanismes pour intervenir lorsqu’on lui rapporte de mauvaises pratiques chez l’un de ses membres. Ces mécanismes impliquent généralement une enquête de la part de l’association, une demande de redresser la situation qui va, si l’église ne se conforme pas, jusqu’à une mesure d’expulsion.

Il ne s’agit pas là d’une règle stricte : il peut y avoir de l’abus dans une église qui fait partie d’une association, comme une église indépendante (c’est-à-dire hors association) peut avoir d’excellentes pratiques financières. C’est plus comme la différence entre manger dans un restaurant familial vs une chaîne. Il n’est pas garanti qu’un franchisé respecte mieux les règles d’hygiène qu’un resto indépendant, mais généralement le franchiseur assure des inspections internes de l’ensemble de ses restaurants.

2.    Est-ce que l’église a une constitution et des règlements clairs?

Pour s’enregistrer auprès du gouvernement, une église doit lui faire parvenir ses statuts et règlements. Ainsi, lorsque vous considérez vous joindre à une église, elle devrait être en mesure de vous en remettre une copie. Ces documents encadrent le processus décisionnel dans l’église, la tenue des assemblées délibérantes, l’élection de son conseil d’administration, ainsi que les devoirs et responsabilités de chacun, incluant le pasteur.

3.    Qui sont membres de la corporation et comment sont-ils établis?

Ayant ces documents entre les mains, assurez-vous de savoir qui sont les membres de la corporation et comment ils sont établis. Il est normal que tous ceux qui assistent à une église ne soient pas nécessairement membres vu les responsabilités que cela implique. Toutefois, certaines églises réservent le « membership » à une garde rapprochée autour du pasteur. Ainsi, 4-5 personnes prennent à elles seules toutes les décisions sans aucune transparence à l’égard de ses membres.

En règle générale, si vous soutenez financièrement une église, vous devriez être membre. Si vous êtes membres, vous devez être en droit non seulement de savoir comment l’argent est dépensé mais aussi de voter pour un budget qui est soumis à l’assemblée des membres.

4.    Est-ce que le pasteur a accès à l’argent?

Un pasteur ne devrait ni avoir de conflit d’intérêt lié à l’argent, ni d’apparence de conflit d’intérêt. Ainsi, même si le pasteur a l’air « d’un vrai bon gars », il ne devrait pas pour autant avoir accès à la caisse de l’église afin qu’il soit protégé de toute accusation non fondée.

Des officiers du conseil d’église, choisis par l’assemblée des membres, ont la responsabilité d’effectuer les déboursés nécessaires à l’entretien de l’église. De même, ces personnes devraient être imputables et chaque dépense doit être également vérifiée par un tiers afin d’être en mesure d’assurer aux membres que leur offrande est bien dépensée aux fins que l’assemblée a visées.

5.    Comment est déterminé le salaire du pasteur? Est-ce fait de manière transparente?

Il est normal qu’un pasteur soit rémunéré pour son travail. C’est un principe biblique maintes fois répété : « l’ouvrier mérite son salaire ». (1 Tim 5.18)

La question de savoir quel serait un salaire juste pour un pasteur est difficile à répondre. Je crois toutefois qu’on peut s’entendre sur des limites. D’abord, le salaire d’un pasteur ne devrait pas être si bas qui le placerait dans une situation de précarité financière. Ensuite, le salaire ne devrait pas être élevé au point de causer scandale aux yeux du public. Bref, payez votre pasteur pour qu’il ne pense pas à son salaire, ni qu’il en manque, ni qu’il s’en enorgueillisse.

Dans une culture où il y a un certain tabou autour de l’argent, je dois admettre que je suis mal à l’aise que mon salaire soit publiquement dévoilé chaque année lors du vote des membres sur le budget. Toutefois, je crois que c’est un mal nécessaire : dans notre contexte, je préfère être plus transparent que pas assez.

Dans notre association d’églises, les pasteurs sont payés selon une grille salariale publique, déterminée par le Conseil exécutif de notre Union (composé principalement de laïcs). Un pasteur à plein temps gagnera généralement entre 40 et 55 000 $ annuellement, montant qui varie selon son ancienneté, sa formation, sa situation géographique. Il s’agit d’un salaire modeste quand on considère les exigences du poste, mais généreux quand on considère les besoins pour vivre confortablement au Québec.

Dans le prochain billet, nous étudierons le portrait robot d’un abuseur spirituel.

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